De l'histoire de l'entreprise à l'histoire des marques

De l’histoire de l’entreprise à l’histoire des marques, étude de l’histoire dans les stratégies discursives internes et externes des marques. L’exemple de la société HENNESSY. Par Thomas Mollanger, Université Sophia Antipolis

 

Thomas Mollanger a commencé sa présentation en rappellant « la méfiance réciproque » qu’entretenaient histoire et entreprise : ces dernières se méfient de l’histoire, qui pourrait leur donner une mauvaise image ou une apparence passéiste, et les historiens se méfient de l’objectivité des études sur cette histoire, qui sont souvent financées par les entreprises elles-mêmes.

Toutefois, avec l’apparition de la culture d’entreprise dans les années 1980, on constate un rapprochement en « histoire et marque ». Ce rapprochement est utilisé par les entreprises pour au moins 3 raisons :

1° Se commémorer, et consacrer leur réussite.

2° Aider à renforcer le positionnement de la marque

3° Utiliser l’histoire comme moyen de valorisation avec le développement du marketing. D’autant plus qu’aujourd’hui 50% de la valeur du produit est immatérielle.

 

Thomas Mollanger, Université Sophia Antipolis

 

Concernant ce dernier point, Thomas Mollanger, a développé en expliquant que dans le contexte actuel de crise, les habitudes de consommation sont en train d’évoluer et que les valeurs traditionnelles et de retour aux sources reviennent en force, avec la mise en avant de l’origine des produits (qui a d’ailleurs été au cœur de la dernière campagne présidentielle avec le « fabriqué français »). Les consommateurs sont donc en quête de traçabilité, d’authenticité et de sens. Pour répondre à cette demande, les entreprises cherchent à s’ancrer dans un territoire géographique (Michelin à Clermont-Ferrand, les Eaux de Volvic dans les Volcans d’Auvergne), et à mettre en avant leur l’histoire pour prouver leur authenticité. L’un des exemples évoqués à ce sujet est la récente ouverture de ses archives par le groupe Bacardie fabriquant du Rhum, afin de légitimer son appellation de véritable rhum cubain.

L’utilisation de l’histoire en s’appuyant sur les archives est donc un élément de plus en plus souvent utilisé par les services marketing à des fins de communication. Thomas Mollanger a toutefois nuancé son propos en expliquant que le recours à l’histoire n’apportait pas toujours une certitude de réussite en citant l’exemple de Levis, dont le modèle de jean copié du premier jean retrouvé dans les Rocheuses à fait un flop commercial.

En ce qui concerne l’exemple des spiritueux et principalement du cognac, Thomas Mollanger a expliqué que pour ce secteur le recours à l’histoire avait cinq grands intérêts.

1° Contourner la Loi Evin de 1971 qui interdit de communiquer sur les effets directs de l’alcool

2° L’existence d’une tradition séculaire dans ce domaine qui donne aux entreprises de cognac matière à recherche

3° Le positionnement des spiritueux sur le marché du luxe où l’histoire, en ancrant le produit dans un terroir, lui confère une certaine valeur ajoutée.

4° Le développement du marché à l’international et en particulier en direction de la Chine qui a une tradition accordant beaucoup d’importance à l’histoire.

5° Ce recours à l’histoire permet, également au cognac de candidater pour son inscription à l’UNESCO.

Thomas Mollanger a conclu en rappelant que si le recours à l’histoire offrait des avantages aux entreprises, il ne fallait pas oublier que toutes ne se référaient pas aux archives, et que certaines n’hésitaient pas à se créer leur propre mythe, comme par exemple le cognac Courvoisier, qui bien que fondé en 1828 s’autoproclame cognac de Napoléon.

 

Intervention de Didier Lenoir, PDG de la société Lenoir Métallerie

Intervention de Didier Lenoir, PDG de la société Lenoir Métallerie, membre de l’Association GEVIL (Groupement des entreprises de Villeurbanne)

 

Pour ouvrir cette journée, Didier Lenoir, PDG de la société Lenoir Métallerie (réalisation d’ouvrage pour le bâtiment) et membre de l’Association GEVIL (Groupement des Entreprises de Villeurbanne), a présenté la place qu’occupe la mémoire dans le fonctionnent de sa société, créée en 1894 par son arrière grand-père. Pour lui, le fait que la société familiale soit centenaire est une preuve de pérennité et est liée à l’état d’esprit des dirigeants qui se sont tous sentis (lui y compris) dépositaires d’une tradition autour d’un métier et de savoirs-faires. Il constate également que cet état d’esprit commun aux entreprises familiales cinquantenaires et centenaires se reflète également dans leur façon de favoriser l’investissement dans l’immobilier avec un amortissement long plutôt que la location.

Cet héritage, en plus d’être transmis aux ouvriers de l’entreprise, est mis en valeur dans la communication auprès des clients potentiels et des partenaires. L’histoire est utilisée pour montrer une certaine stabilité et une capacité à évoluer et à s’adapter en dépit des ruptures technologiques et des crises. Cette dualité entreprise ancienne mais novatrice est souvent mise en avant dans les actions publicitaires, qui s’appuient essentiellement sur des photographies anciennes.

Didier Lenoir a expliqué, pour répondre à une question dans l’assemblée, qu’il y a eu des tentatives de création de club des entreprises centenaires, mais qu’elles n’ont pas réellement abouti. Il a par ailleurs précisé qu’il n’existait que 1270 entreprises centenaires en France, dont environ 400 étaient des exploitations viticoles, et que de nombreuses entreprises familiales liées au bâtiment appartiennent maintenant à des grands groupes et que de ce fait leur philosophie a évolué.

Interrogé sur le sujet, Monsieur Lenoir a expliqué que la transmission de cette mémoire et de cet état d’esprit s’effectuaient principalement à travers les anecdotes et les histoires du passé des anciens collaborateurs. De ce fait, hormis quelque vieux matériaux et outils stockés dans un grenier, son entreprise ne conserve que peu d’archives, et aucune véritable organisation de ces dernières n’est mise en place.

 

Rédaction : Bouchra NEBBACH et Florian GIRAUD

 

Table ronde : La formation archivistique à l’heure des entreprises ?

Table ronde : La formation archivistique à l’heure des entreprises ? De nouveaux débouchés sont ils envisageables ? Pour préserver leur mémoire, les entreprises ont besoin d’archivistes, comment sont-ils formés?

La dernière table ronde de la journée animée par Benoît Van Reeth, directeur des Archives départementales du Rhône, a réuni quatre intervenants, autour de la question de l’adéquation de la formation des jeunes archivistes avec la demande des entreprises.

Camille Castanié, chef de projet à Perles d’Histoire (société de conservation et surtout de valorisation des archives historiques et patrimoniales des entreprises), Laetitia Drutel de Lifing (Société lyonnaise spécialisée dans le conseil, traitement et formation en archives) et Alexis Moisdon, directeur de Naoned Système (éditeur de logiciel d’archives et de valorisation sur le web), ont tous fait un même constat : les jeunes archivistes sont principalement formés pour travailler dans le secteur public et peu d’entre eux ont une bonne connaissance du monde de l’entreprise et encore moins la vocation de devenir archiviste d’entreprise. Cette constatation faite, ils ont évoqué les compétences qu’ils recherchaient chez un archiviste pour travailler dans leur entreprise. Si les besoins, étaient un peu différents selon les cas, tous se sont accordés pour à dire qu’un socle solide de connaissance en archivistique était indispensable, et que cette compétence se retrouvait généralement chez tous les diplômés des formations spécialisées. Toutefois, avec l’évolution du métier ils avaient tous tendance à élargir leur panel de recrutement ; l’archiviste doit maintenant être à la fois archiviste, chef de projet, manager, force de proposition et intéressé par les nouvelles technologies. De plus, les compétences en gestion documentaire sont aussi très utiles, car les entreprises demandent de plus en plus de gestion des flux d’information. De ce fait, une entreprise comme Lifing qui recrutait essentiellement des diplômés en archivistique, commence à rechercher de plus en plus de jeunes diplômés de l’ENSSIB, ou de masters information et documentation.

 

Table ronde : La formation archivistique à l’heure des entreprises ?

 

Pour sa part Jean-Bernard Moné, président de l’Association des diplômés en archivistique de Lyon (ADAL),après avoir présenté brièvement l’association, a souligné le fait qu’il ne fallait pas creuser un trop grand fossé entre les missions des archivistes d’entreprise et celles de ceux du secteur public. Il a d’ailleurs, expliqué que dans son parcours professionnel il avait eu trois grandes expériences dans le secteur public et qu’elles avaient été toutes les trois extrêmement différentes. La grande hétérogénéité des offres que se soit dans l’entreprise ou dans le public est pour lui une caractéristique du métier d’archiviste. Il a ensuite présenté la formation du master de l’université de Lyon 3, qui comporte plusieurs cours qui donnent aux étudiants une approche du monde de l’entreprise (connaissance de l’entreprise, archives économiques, sociétés d’externalisation). Ces cours s’accompagnent de visites de l’Académie François Bourdon et de la société Everial. Ainsi la formation de Lyon 3, qui est avant tout généraliste, offre aux étudiants en un semestre une bonne première approche des archives d’entreprise. Pour compléter cette intervention, Benoît Van Reeth, fortement impliqué lui aussi le master de Lyon 3, a bien insisté sur le caractère généraliste de ce master et l’impossibilité de spécialiser plus les cours en un semestre. Il a aussi constaté que chaque année de moins en moins de candidats se présentaient pour suivre cette formation.

Une personne dans la salle, ancienne diplômée de l’école des Chartes, a alors fait par de son sentiment que sa formation ne l’avait pas réellement préparée à ce que l’on attendait d’elle. Elle a également soulevé le flou de la terminologie qui pour elle rend la compréhension difficile entre les jeunes diplômés et les entreprises. Cette table ronde s’est alors conclue sur l’idée que, plus que des archivistes d’entreprise et des archivistes du public, il existait avant tout des archivistes et que la distinction s’effectuait plutôt de par le type d’archives traitées et le but dans lequel s’opère se traitement.

 

Rédaction : Bouchra NEBBACH et Florian GIRAUD

 

 

Interview d'une participante à la journée du 21

Mathilde Cocoual, étudiante en Master II en Histoire à l’Université de Nice Sofia Antipolis.

Mathilde Cocoual, Université de Sofia Antipolis

 

Qu’avez-vous pensez de cette journée ?

J’ai trouvé ça trés intéressant, ça a brassé des thématiques trés diverses : la formation, la culture des normes, la question de la mémoire dans les entreprises. J’ai peut-être trouvé un peu dommage qu’on n’ait pas défini ce qu’est la mémoire, est-ce qu’on a un devoir de mémoire ?

 

Y-a-t-il des thèmes qui vont peut-être vous servir pour votre futur universitaire?

Oui, je travaille justement sur l’utilisation de l’histoire par l’entreprise (publicités, publications commémoratives) dans le passé et je constate que cela revient à la mode comme nous l’avons vu avec l’intervention de Thomas Mollanger.

 

Pouvez-vous nous parler des rapports entre l’histoire des entreprises et l’université?

Cela commence à se mettre en place mais l’histoire des entreprises est trés récente (années 90) avec par exemple l’apparition du magazine Histoire d’entreprises. Cette historiographie est récente car elle a suivi les nombreuses fermetures d’usines en France dans les années 70-80. L’entreprise brasse toute la population, du dirigeant à l’ouvrier, en passant par le cadre supérieur et donc constitute un prisme d’entrée intéressant  pour étudier notre société.

 

Table ronde : retours d’expériences

La collecte du patrimoine industriel : une grande variété de forme

Après la présentation des témoignages sur l’utilisation des archives par les entreprises dans leur rapport à la mémoire, la première table ronde de la journée, animée par Claire Cottin, a porté sur la collecte de ce patrimoine. Quatre intervenants ont présenté l’exemple d’un travail de collecte important mené par leur service.

 

Samuel Bouteille a présenté la façon dont les Archives municipales de Saint-Chamond (42) ont collecté les archives du Comité d’Entreprise (CE) des Aciéries de la Marine. Il a tout d’abord insisté sur le fait que Saint-Chamond est une ville avec une forte histoire industrielle. La compagnie des Aciéries de la Marine, appelée « La grande usine » à Saint-Chamond, a été créée en 1854 par la fusion de plusieurs entreprises ; de nombreuses autres fusions ont suivi, dont une en 1976 avec le groupe Creusot Loire puis avec la branche Pusinor en 1985. Le CE pour sa part a été créé en 1945 avec deux attributions principales : une économique, et une sociale. Face aux nombreuses fusions qui ont entraîné l’implantation de plusieurs usines différentes, le CE s’est divisé d’abord en plusieurs Comités d’établissement, puis en 1976 c’est un Comité Inter-entreprise (CIE) qui est créé. Ce dernier a uniquement pour vocation de créer et de gérer des œuvres sociales. Le CIE joue alors dans la commune un rôle important dans la diffusion de la culture et dans la cohésion sociale. La désindustrialisation, marquée principalement par la fermeture du site en 2006, a donc eu un impact fort sur la vie culturelle locale. A cette date, le CIE, privé de son principal financeur, a été contraint de liquider l’ensemble de son patrimoine foncier. N’ayant plus de locaux, ses archives se sont par conséquent retrouvées en danger. Les Archives municipales ont été alertées de cette situation par l’élue à la culture de l’époque qui se trouvait être une ancienne adhérente du CIE. Cette intervention a donc favorisé les échanges et une convention de don a pu être signée en septembre 2009 avec un premier versement, qui a été complété en 2010 lorsque le CIE a été entièrement dissous. Au total, 12 ml d’archives allant de 1948 à 2010 sont maintenant classés et conservés aux Archives municipales.

 

Table ronde : retours d’expériences

 

Bénédicte de la Vaissière, responsable des Archives communales de Romans (26), a ensuite présenté la collecte du fonds Charles Jourdan par son service. Romans se présente comme la capitale mondiale de la chaussure ; en 1968, 4000 personnes étaient employées par cette industrie dans la ville, mais depuis 2012 le secteur est en crise. Charles Jourdan, fondateur de l’entreprise familiale éponyme, a commencé à travailler à 14 ans dans des usines de chaussures, puis il est devenu compagnon et a créé un petit atelier qui s’est développé rapidement, jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, période à partir de laquelle l’entreprise a donné à son activité une diffusion internationale, en travaillant notamment aux États-Unis. Toutefois en 2005, la société a dû déposer le bilan et en 2007 l’usine de Romans a fermé. Alors alertées par le président du Comité d’Entreprise, les Archives municipales vont intervenir pendant quatre mois entre 2009 et 2010 pour récupérer les archives. Cette collecte a été difficile car 2 kml étaient conservés dans l’usine et les Archives n’avaient pas la place de prendre en charge un tel volume. Il a donc fallu faire un tri, d’autant plus délicat à effectuer que les archives de la direction avaient déjà disparu, ainsi que les archives anciennes et celles relatives au fonctionnement commercial de l’entreprise. Au total ce sont 60 ml qui ont été récupérés, dont principalement des dossiers de personnel, quelques objets promotionnels et surtout les registres de modèles. Concernant ce fonds, Bénédicte de la Vaissière a remarqué l’importance de sa conservation par les Archives, car en plus de la charge émotionnelle qu’il renferme pour les habitants de Romans, sa présence rassure les autres entreprises qui sont donc plus favorables pour déposer ou donner leurs archives au service. D’autre part, Bénédicte de la Vaissière a aussi soulevé les difficultés liées à la négociation avec le groupe qui a récupéré les droits de l’entreprise Charles Jourdan et qui n’a pas voulu faire de convention de don mais uniquement une convention de dépôt et qui a également tenté de récupérer les registres de modèles pour les conserver par devers elle.

 

Michel Szempurch, de l’association Repérage et Anne Dalmasso, historienne rattachée au LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes), ont présenté le projet qu’ils mènent actuellement en partenariat notamment avec le Rize, autour de la collecte des témoignages oraux sur la question des mutations du monde du travail. Ce projet, qui a débuté en 2009 et devrait se terminer en 2013-2014, est né d’une volonté de produire des sources audio-visuelles pour rendre compte des mutations que connaît le monde du travail dans le contexte actuel de crise. Ils ont présenté leur démarche non pas comme une collecte mais comme une production de traces, une création d’archives et de matériaux de diffusion de cette histoire en train de s’écrire. Ce projet évolue au fur et à mesure de son avancée. La problématique principale à laquelle ils ont été confrontés est celle de convaincre des partenaires d’investir dans ce type de projet, et particulièrement les services publics, afin d’acquérir une certaine indépendance. Une autre problématique importante a aussi été soulevée : celle de trouver des personnes qui acceptent de témoigner. Dans ce sens, l’intermédiaire des syndicats a été précieuse (avec toutes les limites que cela implique) dans la collecte des témoignages de travailleurs. Le témoignage de chefs d’entreprise a été difficile à obtenir, en particulier dans les grands groupes où la communication n’est pas gérée uniquement par les dirigeants, et pour lesquels la parole peut avoir des répercussions économiques directes. Enfin, la dernière difficulté évoquée par les deux intervenants réside dans la question de la pérennité de ces sources ainsi constituées, et dans l’interrogation quand à leur format de conservation. Lié à cette problématique de la conservation, la valorisation de ces sources au delà de la fin de projet est également une source de questionnement. En effet, Anne Dalmasso a constaté que les sources audio-visuelles étaient très peu consultées et qu’il fallait donc réfléchir à la mise en place de dispositifs les rendant plus accessibles et attractives pour les chercheurs.

 

Pour la dernière intervention de cette table ronde, Eric Perrin, attaché de conservation en charge des recherches sur le patrimoine industriel stéphanois au sein du Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne, a présenté la démarche de l’exposition « c’était Manufrance, un siècle d’innovation (1885-1985) ». Il a expliqué que les sources pour établir cette histoire sont plutôt abondantes du fait que l’entreprise a très tôt été soucieuse de se « faire une histoire » et a ainsi travaillé étroitement avec le Musée d’art et d’industrie en lui fournissant régulièrement des exemplaires d’armes et de machines à écrire produites par l’entreprise, à tel point que ses concurrents ont d’ailleurs accusé le musée de servir de vitrine à Manufrance. Concernant les archives produites par l’entreprise, Eric Perrin a expliqué qu’avec la création en 1911 du grand hall de l’administration, l’entreprise a produit des archives en masse et qu’elles étaient relativement bien gérées jusqu’au décès du fondateur en 1944. Sa succession s’est faite difficilement et les nouveaux directeurs ont souvent emporté des archives en quittant leurs fonctions. Avec la fin de l’aventure Manufrance en 1985 et jusqu’en 1993, une série de ventes aux enchères a eu lieu, liquidant ainsi les biens meubles de l’entreprise. La ville de Saint-Etienne étant alors un des principaux actionnaires s’est retrouvée propriétaire des archives, mais comme elle ne pouvait pas les accueillir faute de place, c’est d’un commun accord que les Archives départementales de la Loire ont pris en charge la collecte. Cette dernière s’est déroulée petit à petit du fait de la difficulté de collecter un vrac qui avait été éparpillé et parfois même pillé lors des événements qui ont marqué la fermeture de l’usine et les ventes aux enchères qui ont suivi. Toutefois, il y a eu beaucoup de publications et d’expositions autour de l’histoire de cette institution qui a marqué l’histoire de Saint-Etienne, grâce à la mise en place de partenariats entre les Achives municipales et départementales, la médiathèque et le centre de culture scientifique et technique de l’école des mines. Cette valorisation a également été l’occasion de redécouvrir des fonds connexes comme celui du photographe Roger Oleszczak qui a suivi l’ensemble des manifestations qui ont marqué la fermeture de Manufrance. Actuellement 30 ml de ces archives sont conservées au Musée d’art et d’industrie et 900 ml ont été classés par les Archives départementales de la Loire, et dont l’inventaire devrait être mis en ligne d’ici la fin novembre 2012.

 

 

On retiendra de ces différents retours d’expériences l’intérêt qu’ont les collectivités à collecter les archives des industries locales, qui ont souvent marqué fortement la vie des habitants et qui permettent de conserver une partie de la mémoire collective. En ce sens, on voit apparaître le risque de tensions entre les services d’archives publics et les entreprises, pour qui cette histoire est aussi de plus en plus importante. D’où la question évoquée plus tard dans la journée du statut de archives d’entreprises : sont-elles la propriété privée de l’entreprise, ou constituent-elles un patrimoine commun qui dépasse le simple cadre de l’entreprise ?

On constate également que toutes ces collectes se sont faites dans l’urgence et dans des conditions difficiles. De ce constat se dégagent deux aspects importants dans la collecte d’archives d’entreprises :

Le réseau joue un rôle important. Que ce soit en amont de la collecte, grâce aux relations avec des dirigeants d’entreprises, des membres de CE ou des élus sensibilisés aux questions de conservation qui pourront alerter les services d’archives et servir d’intermédiaires pour faciliter la collecte ; ou après la collecte, avec les témoignages d’anciens ouvriers qui permettront de mieux comprendre le fonctionnement de l’entreprise et ainsi apporteront une aide précieuse pour le classement.

La sérendipité apportée par la collecte de tels fonds. D’une part, la conservation par un service d’archives d’un fonds d’entreprise symbolique rassure les autres établissements et leur donne confiance pour y déposer ou leur donner leurs propres archives ; d’autre part, ce type de collecte entraîne souvent la découverte et l’entrée aux Archives de fonds annexes.

 

 

Rédaction : Bouchra NEBBACH et Florian GIRAUD

 

 

 

 

 

La journée du 22 en photos

 Domaine de Varagnes, demeure de Marc Seguin (commune d’Annonay)

Né le 20 avril 1786 à Annonay, Marc Seguin est un ingénieur, inventeur, architecte, qui créa, entre autre, les ponts suspendus, les chaudières dites tubulaires adaptées aux locomotives… Le site de Varagnes, aménagé par Marc Seguin et son fils Augustin, sera le théâtre d’inventions nombreuses (essais de planeurs, moteurs d’avion) rélisées par ses descendants.  Valérie (descendante des Seguin) et Jean-Marc Lefèvre nous ont accueilli pour la visite des lieux.

 

La maison Seguin

 

 

Accueil du groupe dans la serre à double paroi

 

 

La chapelle abrite un planeur de type canard, construit par Henri Fabre (inventeur de l'hydravion) en 1909

 

 

L'atelier de chimie

 

 

Oservatoire construit par Marc Seguin avec l'aide et selon les plans de Herschel, l'un des meilleurs astronomes du XIXe siècle

 

 

Le groupe sur la terasse devant l'observatoire

 

Musée des Papeteries Canson Montgolfier (commune de Davézieux)

Marie-Hélène Reynaud, conser­va­teur du Musée et des Archives des Papeteries Canson Montgolfier SAS et pro­fes­seur d’Histoire, nous accueille pour un déjeuner en plein air et pour une visite du Musée des Papeteries Canson Montgolfier. Nous avons été rejoins successivement par Alain Zahm, maire de Davézieux et vice-président de la communauté de communes puis par Michel Roger, ancien directeur général puis PDG de Canson (co-crétaeur du musée avec Marie-Hélène Reynaud).

http://www.papeteriescanson.fr/

Marie-Hélène Reynaud à gauche, Alain Zahm à droite

 

 

De droite à gauche : X. de la Selle, M.-H. Reynaud, Michel Roger

 

 

Déjeuner devant le musée des papeteries Canson et Montgolfier

 

 

Le groupe sous la plaque commémorant le 1er aérosat des frères Montgolfier

 

 

Pile à maillets

 

 

Fabrication d'une feuille

 
 

Pressage

 
 

Machine à forme ronde animée

 

 

La journée du 21 en photos

Xavier De La Selle, directeur du RIZE (président de l’AAF) et Claire Cottin (Société Générale)

 

 

Le public

 
 

Thomas Mollanger, Université Sophia Antipolis

 
 

Table ronde : retours d’expériences

 

 

Lionel Garcia, Directeur général d’Everial

  
 
 
 

Sylvie Dessolin-Baumann, Centre national d’Archives de l’AFPA

 
 
 

 

Table ronde : La formation archivistique à l’heure des entreprises ? De nouveaux débouchés sont ils envisageables ? Pour préserver leur mémoire, les entreprises ont besoin d’archivistes, comment sont-ils formés?

 
 
 

Laurent Ducol, Président de la Section

 

 
 
 

Interview de François Robert & Alexandre Giandou

Les commémorations, ou la (re) construction de la mémoire d’entreprise aux XIX-XXème siècles en Rhône Alpes. François Robert & Alexandre Giandou, CNRS – LARHRA

 

Qu’est-ce que les entreprises commémorent et pourquoi?

Il y a plusieurs raisons. Elles commémorent leur date de création mais aussi la sortie d’un produit ou encore la nécrologie. D’un autre côté, les commémorations peuvent servir de prétexte; par exemple la coopérative l’Avenir (fondée en 1919), lors des 20 ans de sa création, produit une plaquette qui n’est qu’une opération de communication publique vers ses partenaires et pour mettre en valeur son savoir-faire. C’est du marketing avant l’heure. Les histoires des entreprises se mettent en place dès le XIXe siècle.

 

Quel est le secteur le plus proléfique en matière de fabrication de la mémoire?

Ce sont surtout les imprimeries et le secteur bancaire. Concernant les banques, il y a l’idée de sécurité, de rassurer les clients.

 

Interview de Michel Szempruch

Les mutations du monde du travail : expérience de recueil de témoignages vivants de personnes en activité dans des entreprises dans le Rhône et l’Isère. Par Michel Szempruch de l’association Repérage (Grenoble)

 

Comment réussissez vous à recueillir les témoignages des différents acteurs ?

Nous présentons dans un premier temps notre projet qui tourne autour des changements dans le monde du travail et particulièrement le rapport des uns et des autres à la crise. Concernant les salariés, nous passons soit par des réseaux classiques comme les syndicats ou les comités d’entreprise soit par des réseaux professionnels ou amicaux. Pour ceux qui est des entreprises, c’est plus compliqué. Nous contactons directement par voie hiérarchique mais les résultats n’ont pas été brillants. Nous avons donc utilisé d’autres moyens ; par exemple à Villeurbanne, nous sommes passés par le service économique de la ville et le Gevil (Groupement des Entreprises de Villeurbanne) qui ont fait l’intermédiaire.

 

Michel Szempruch, association Repérage

 

Quels sont les partenaires pour mettre en place ce type de projet ?

Nous sommes une association qui travaille depuis des années avec le réseau des musées de l’Isère. L’association Repérage travaille soit comme prestataire soit comme partenaire de structures patrimoniales (mairies, des musées) et d’un autre côté nous avons de l’expérience sur le domaine du travail, donc ça été facile au moins en Isère. Puis on a élargi le projet avec d’autres partenaires par exemple en répondant à l’appel à projets Mémoires du XXe siècle en région Rhône-Alpes (DRAC et région Rhône-Alpes). Nous avons aussi des affinités avec les syndicats, les comités d’entreprise que nous avons associés au projet. Ils sont très intéressés d´être co-acteurs de projets culturels. Enfin, nous avons contactés des collectivités.